Le collectif NRV (Nous Restons Vigilant) réunit des travailleurs sociaux en formation et salariés. Il est une émanation des collectifs anti-délation érigés en résistance au projet de loi dite de prévention de la délinquance en particulier et aux lois répressives, racistes et sécuritaires en général, mises en place par les pouvoirs publics. Nous nous sommes constitué-e-s autour d'un sentiment commun de révolte. Il nous apparaissait, compte tenu du contexte politique actuel, de plus en plus difficile et complexe de concilier nos convictions, nos engagements politiques, professionnels et personnels avec nos pratiques toujours plus limitées et contraintes par la commande sociale. Aujourd'hui, ce constat s'accompagne d'une volonté de bousculer nos représentations, nos certitudes, nos préjugés ainsi que l'ensemble de nos pratiques et de nos positions : les nôtres, ceux de nos collègues, des personnes accompagnées, de nos institutions, ceux de la société.
Le Collectif N.R.V. se veut donc un espace d'échanges, de débats et de discussions ouvert à tous, confrontant les expériences et les analyses. Pour cela nous nous sommes centrés l‘an dernier sur l’organisation de débats et de rencontres (débats autour des nouvelles législations sécuritaires, sanitaires et sociales ; forum « travail social et engagements » tentant de dépasser la dissymétrie des relations aidants/aidés, experts/profanes). Nous souhaitions cette année enrichir notre démarche par l’élaboration et la diffusion d’écrits, d’alertes, d’analyse et de soutien à d’autres luttes. 

Le collectif est ouvert à tous, chaque Lundi à 18h30, hébergé par la CNT, 33 rue des Vignoles, Paris 20. 
Pour tout renseignement, n’hésitez pas à nous contacter par mail : interecolesocial@no-log.org  


Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 00:50

Lu sur rebellyon denierement ....

 

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 « Des sdf, trouvez-moi des sdf ! »

 

Mardi 4 janvier 2012, le préfet du Rhône M. Carenco s’est rendu en grande pompe à Tassin la Demi-Lune pour l’ouverture d’un centre d’hébergement d’urgence dans le cadre du plan froid. Gyrophares, escorte policière, Monsieur le Maire, Monsieur le Directeur de la DDCS [1], Messieurs les Présidents d’associations, personnalités locales, tout était en place pour une belle opération de communication de la préfecture. Tout ?
Pas tout à fait…
Il manquait en effet des invités de taille…
Les SDF.

Quelle bourde… On avait pensé à tout, sauf aux SDF…

Le préfet allait se présenter devant les caméras de télévision et les journalistes pour montrer le bien fondé de sa politique de lutte contre l’exclusion dans un centre d’hébergement vide. Pas un sans-abri à l’horizon.

L’explication de ce lourd dysfonctionnement est toute simple. A Lyon comme ailleurs, la préfec­ture est à l’image du gouvernement. On travaille dans la précipitation et l’approximation : coups de com’, improvisation et aussi coups d sang.

Le listing des personnes admises dans le centre n’a été communiqué que dans l’après-midi et les partenaires habituels : Samu Social et Croix-Rouge n’avaient pas été prévenus à l’avance de la date exacte d’ouverture. Dans ces conditions, impossible de dire aux heureux élus qu’ils pouvaient rejoindre le centre d’hébergement d’urgence dans la soirée.

A 18 heures 30, donc, pas de sans-abri dans le centre d’hébergement et le préfet, lui, qui va arri­ver avec les médias. Panique à bord. Tout le monde est pendu au téléphone afin de trouver des SDF coûte que coûte.

A 19 heures, la DDCS donne alors la consigne au 115 de réquisitionner tous les SDF disponibles pour remplir le centre devant le préfet et les caméras de télévision.

A 19 heures 30, le Samu Social amène deux familles roumaines trouvées dans la rue et à 20 heures, la mobilisation tardive ayant enfin produit son effet, le centre refuse du monde. Le préfet et les caméras, eux, sont déjà repartis.

On imagine la tête des partenaires. L’un d’entre eux témoigne :

A 18 heures 30, j’appelle le 115 pour savoir s’il y a des places disponibles, on me répond que non. A 19 heures on me répond que oui et à 20 heures on me dit que finalement il n’y a plus de place. C’est du grand n’importe quoi.

L’histoire pourrait s’arrêter là et on pourrait en rire, à défaut d’en pleurer.

Malheureusement, il faut bien que quelqu’un paye les pots cassés. Et oui, en Sarkozie, il faut tou­jours un coupable que l’on punit. C’est comme ça. Cette fois encore, ce sont les plus démunis qui vont faire les frais de l’opération.

En effet, un responsable, fou furieux de constater que les personnes qui avaient une place sans le savoir ne s’étaient pas présentées, dira en substance : « Je m’engage personnellement à ce que les personnes qui ne sont pas venues ce soir retournent dans la rue et ne trouvent pas d’héberge­ment… »

Dans la foulée, le couperet tombe et l’oukaze est transmis : toutes les personnes qui ne se sont pas présentées sont rayées de la liste du centre d’hébergement d’urgence.
C’est brutal, c’est injuste, c’est stupide, mais c’est malheureusement très représentatif des métho­des utilisées actuellement par le pouvoir et ses rouages locaux.

Devant la télévision locale présente pour l’occasion, le préfet a eu cette citation délicieuse qu’il a injustement attribué à Michel Mercier, Président du Conseil Général du Rhône et Ministre de la Justice, alors qu’elle est en réalité de Saint François de Sales : « Le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit »

Demander aux associations de ramener en urgence des sans-abri dans un centre d’hébergement uniquement pour assurer le plan de communication du préfet, ce n’est pas bien. Déplacer des sans-abri comme des pions après avoir nié leur existence [2], ce n’est pas bien non plus. Rejeter à la rue des personnes fragilisées, des familles avec des enfants en bas âge, simplement parce qu’elles ne se sont pas rendues à une convocation qu’elles n’ont jamais reçu ce n’est pas bien du tout.

J’espère pour ma part que tout cela fera un peu de bruit.


P.-S.
Texte proposé à Rebellyon et également mis en ligne sur le blog de philippe alain
Retrouvez également un autre récit de cette inauguration dans l’entretien avec deux militantes en soutien aux familles de la croix-rousse diffusé sur Radio Canut le 06 janvier 2012
Notes

[1] Direction Départementale de la Cohésion Sociale

[2] Lors d’une conférence de presse, le préfet Carenco a déclaré : « Nous ne laissons jamais personne dormir dehors… Les gens qui contactent le 115 vivent chez un tiers ou dans un squat. Ils ne dorment pas dehors. Vous ne pouvez donc pas écrire qu’ils sont sans-solution ou bien vous mentez ! » Source

 

source : http://rebellyon.info/Des-sdf-trouvez-moi-des-sdf.html

 

 


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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 22:45

Nous avons beaucoup écrit sur le contexte politique dans lequel s'inscrit le travail social et assez peu sur les expériences de travail elles-mêmes, telle qu'elles sont vécues. Voici donc "Sexual Healing", première contribution à la nouvelle rubrique "Textes libres", qui traitera de ce thème.

 

J'ai failli vomir en délaçant le jogging bleu Adidas de Louis. Un genoux à terre, lui debout, je faisais glisser, d'un geste machinal, le molleton sur ses hanches. Mais, alors que je découvrais ses jambes droites comme des piquets, c'est venu. J'ai senti mon estomac se contracter. J'ai eu un hoquet puis un autre.

Sa couche big size a fui... Son jogging est d'une lourdeur étonnante, rempli de merde, il m'en échappe presque des mains. Son caleçon moulant est tout "enmarroné", ses cuisses de même. Je me relève, (un peu trop vite) mais j'arrive à réprimer mes hoquets. Je regarde autour de moi, et j'aperçois un sauveur : un spray désodorisant à la lavande. Je m'en saisi et j'asperge. Je me construis un nuage de Lavande artificielle. Je m'échine à recouvrir l'odeur dans un jeu de bras digne des plus grands chefs d'orchestre. 

J'ai agi vite. Je n'ai pas hésité une seconde, moi qui pourtant n'ai jamais supporté la moindre odeur de parfum : trop chimique, trop écœurant, trop entêtant... Cette fois, le parfum a calmé mes relents et je peux reprendre mon travail.

Pendant quelques minutes, j'arrive à me concentrer sur ma tâche. Désolée du sentiment que mon dégoût a pu renvoyer à Louis, je détends mon rictus pré-vomissant et me compose un sourire de circonstance (compréhensif et détendu). Mais je ne suis pas au bout de mes peines, la merde s'attache à ses poils. Je sens mon visage se crisper à nouveaux. Je frotte et je frotte, j'enlève une couche puis une autre. N’y pouvant plus, je m'agrippe à nouveau dans un geste désespéré, au désodorisant. Petite pause. Je m'y remets. Je suis alors dépassée par un liquide jaunâtre : mélange d'eau, de savon et d'excréments qui s'infiltre jusqu'à ses chaussettes. Je n'y peux rien, je fais à nouveau la grimace.

Louis est désormais tout propre, moi je suis en nage, je suis rouge écarlate. Je vais lui chercher de nouveaux vêtements. Je prends le temps de me montrer moins dégoûtée par son corps, de lui répéter qu'il est désormais comme un sou neuf et qu'il sent bon le savon.

 

Je sors du travail quelques heures et quelques toilettes plus tard. Je m'engage, dans les couloirs du métro, exténuée. Je vise de loin un siège vide, je m'avance. J'ai le sentiment d'évoluer dans un nuage d'odeurs nauséabondes de merde, de pisse, d'haleine fétide… Finalement, je n'ose pas traîner mon nuage jusqu'au siège. Je dévisage ceux qui sont assis…  Orgueilleuse, je reste debout, je ne veux pas dégoûter par mon odeur.

De retour chez moi, je mets l'ensemble de mes fringues à la lessive, me lave les mains une bonne cinquantaine de fois. Je prends une douche bouillante, me lave les cheveux, les dents, ne laisse rien au hasard. Je me rhabille et sors retrouver des potes. Sur la route du café, le nuage est toujours là. Et je comprends peu à peu, que ce qui a changé ce n'est pas mon odeur, mais le sentiment que toutes les mauvaises odeurs que je croise dans la rue, dans le métro, celles-là même que j'attribuais sans y penser au gens, aux autres, émanent dorénavant de moi.

 

Pas étonnant dans ces conditions, que mes collègues passent leur temps à parler make up, parfum et coupe de cheveux. Elles sont impeccables jusqu'au bout du moindre ongle manucuré. Parfois une collègue arrive un fichu sur la tête, elle a retiré ses tresses. Les autres se moquent d'elle : tu te montres comme ça devant ton mari ? C'est l'occasion de multiples sarcasmes, qui ont pour contenu commun des questions essentielles : beauté, propreté, féminité, séduction.

Les filles se coiffent entre elles à la MAS[1]. Parfois, en fin de journée, l'unité de vie se transforme en salon de coiffure. Tout le monde y va de son commentaire, on s'entraide, se conseille, se vanne mais c'est pour la bonne cause. Il s'agit avant tout, de façon collective et solidaire, de rester compétitives et puis que chacune à sa manière puisse se le répéter : Sexual Healing baby, is good for me...  

 

Myriem.



[1]    Maison d'Accueil Spécialisé, établissement médico-social d'accueil de personnes dépendantes en situation de "lourd" handicap.

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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 22:37

Version très légèrement remaniée de celle publiée sur Indymédia Paris, vers novembre 2011

 

Dans « Les métamorphoses de la question sociale », Robert Castel rend compte du traitement du vagabondage sous l’Ancien Régime : un pouvoir royal finissant et dégénéré, allié pour la circonstance aux bourgeoisies municipales qui tenaient le pouvoir dans les villes, s’évertuait sans succès à faire déguerpir les gueux et les vagabonds en les renvoyant dans leurs paroisses d’origines. Dès le 15ème siècle, la richesse chassait la pauvreté dont elle n’avait pas l’usage. Qui étaient ces gueux ? Des petits paysans ruinés ou expropriés par les grands propriétaires terriens, ensuite à partir du 18ème siècle, des ouvriers, des journaliers agricoles sans travail et des petits paysans ruinés par l’exploitation des marchands dans le cadre du travail à domicile. Tous tentaient leur chance à la ville, dans l’espoir d’un sort meilleur. Dès cette époque, était considéré comme vagabond celui qui ne justifiait pas d’un domicile et d’une somme d’argent suffisante pour vivre. Dès cette époque on donnait aux gueux renvoyés des villes un sauf-conduit et un secours de voyage pour leur permettre et pour les inciter au retour dans leurs villages.

 

Ces secours ne sont pas sans rappeler aujourd’hui l’aide au retour « volontaire » de 300 euros que l’Etat alloue aux roumains et aux autres migrants qu’il expulse. De même, il faut aujourd’hui dans certains cas justifier de ressources propres suffisantes pour se maintenir sur le territoire français lorsqu’on est ressortissant communautaire. Allons même plus loin : nous sommes à l’échelle européenne, voire mondiale, dans une situation analogue à celle de l’Ancien Régime. Les puissances financières et industrielles européenne aidées par une classe politique qui semble à leur service, ont depuis 40 ans voulu en Europe la libre circulation des marchandises et de la main d’œuvre qualifiée et dotée d’un emploi, afin de mettre en concurrence les travailleurs entre eux ainsi que leurs régimes de protection sociale et de droit du travail (qu’on se souvienne de la circulaire Bolkenstein et aujourd’hui des prestations transfrontalières de service). La haute bourgeoisie européenne avait-elle prévue que les gueux sans emplois, ruinés et exclus dans leur propres pays, se mettraient eux aussi en mobilité dans toute l’Europe et ailleurs ? Je l’ignore, mais on voit en tout cas aujourd’hui s’établir, entre Etat européens et entre Etats méditerranéens, des barrières à la mobilité de certains hommes, comme il en existait en France à l’Ancien Régime, entre les villes et les campagnes. Aujourd’hui les pauvres tendent à être assignés à leur pays d’origine, comme les pauvres de l’Ancien Régime étaient assignés à leurs paroisses « de secours », aussi pauvres soient-elles.

 

Mais il est peu probable que ceux qui tiennent le pouvoir aient conscience de ce parallèle historique avec l’Ancien Régime, on peut en effet douter de leur intérêt pour l’histoire, et plus généralement la culture[1].

 

Certaines villes d’Europe concentrent dans des proportions inimaginables la bourgeoisie et la richesse. Cette richesse et ce capital sont avides de force de travail à exploiter ici ou ailleurs, dans les entreprises ou bien au service domestique des riches (dans tous les cas une main d’œuvre immigrée payée au lance-pierre et privée de ses droits grâce à la prestation transfrontalière de service ou au chantage au renouvellement des titres de séjour). Les plus pauvres d’Europe ne font qu’aller là où se trouvent les maigres chances de leur survie, en somme l’extrême richesse attire l’extrême pauvreté qu’elle a créé.

Nicolas Sarkozy et sa clique de ministres vulgaires, n’ont pas inventé l’exploitation et la chasse aux pauvres et aux immigrés, mais depuis quelques mois, l’immonde populiste et médiatique se rajoute à l’injustice sociale. Ce pouvoir qui courre après l’extrême droite a jeté en pâture à l’opinion des boucs émissaires pour les désordres du capitalisme européen. Il a aussi allumé des contrefeux pour faire oublier les affaires Tapie-Lagarde, Woerth-Bettencourt-Sarkozy, Takiéddine-Gaubert-Hortefeux, etc… et ce qu’elles révèlent en terme de communauté d’intérêt entre la très haute bourgeoisie capitaliste qui parfois fraude le fisc et la classe politique au pouvoir. Ils ont utilisé pour cela la peur de l’étranger (xéno-phobie), le mensonge statistique (sur la délinquance des roumains, sur l’échec scolaire des enfants d’immigrés), l’amalgame (entre roumains, roms et gens du voyage, entre rom et sans papiers[2]), la stigmatisation médiatique et la discrimination (la circulaire du 5 août 2010, du ministère de l’intérieur, illégale au regard du droit européen et du droit français, sur la destruction des bidonvilles, ordonnant aux préfets de cibler prioritairement les campements de rom et d’informer les services du ministre de toute opération d’expulsion se prêtant à une valorisation médiatique).

 

Voici pour le panorama d’ensemble. Au niveau microsocial, celui des usages et des luttes pour l’usage de l’espace public, l’intérêt des chroniques de copwatching reprises sur Copwatch Nord-ile de France (CNIF) est bien de pointer le caractère routinier de la chasse aux pauvres, en premier lieu étrangers. La mousse médiatique générée par le Ministère de l’intérieur et le syndicat policier Alliance, sur les questions du fichage, de l’atteinte à la vie privée ou de l’outrage à la police ou à des policiers ne sont que des contrefeux, car ce que pointe CNIF dans les chroniques mises en lignes[3], c’est avant tout la poursuite de la guerre sociale et le fait que la police ordinaire[4] sert ordinairement à la perpétuation d’un ordre[5], voire à une purification sociale.

Ce que montrent ces chroniques c’est le quotidien de harcèlement, de menace, de pression, de sanction, d’humiliation, infligé non pas à des personnes ayant causé un tort ou un dommage à une victime, mais à des individus à qui il est juste reproché d’exister. Bien sûr il y a toutes les dispositions iniques du code pénal, tous ces délits « spécial pauvres » qu’on nous créé ou qu’on tente de nous créer[6]. Juridiquement le tort existe puisqu’on a inventé la faute qui le créé (vente à la sauvette, mendicité agressive, racolage passif, entrée ou séjour irrégulier, méconnaissance des mesures d’éloignement, aide à l’entrée et au séjour irrégulier), sauf que le code pénal dit aussi que ce qui a été fait par nécessité ne peut pas être puni, détail que les tribunaux ont tendance à oublier

La police ordinaire ne lutte pas tellement contre le crime, elle ne protège pas spécialement les citoyens lambda contre le risque d’agression, elle maintient pour beaucoup un ordre social et elle gère, ne serait-ce que comme simple présence et regard, des populations. Elle impose, par le harcèlement des contrôles d’identité, par des humiliations, par des provocations et des menaces, des couvre feux de fait dans certains quartiers populaires. Elle impose le vide de l’espace public concernant tout ce que la bourgeoisie et une partie des classes moyennes en quête de bouc-émissaire face à sa propre paupérisation ne veulent pas voir ou veulent voir punir et opprimer : des roms, des putes, des drogués, des mendiants, des SDF, des sans papiers, des jeunes, des biffins, des gauchistes, des mineurs isolés étrangers (MIE). Des groupes qui sont voués symboliquement à ne pas exister.

 

Être nié et devoir se nier dans ce qu’on est, c’est déjà ce que cherchait à obtenir une certaine assistance sociale par son travail de normalisation des pauvres dans une variante soft de la pacification (envers les gosses de l’éducation spécialisée, envers les chômeurs). La différence c’est qu’aujourd’hui la police et la prison remplacent l’assistante sociale et le service social. Le but n’est plus l’inculcation et la mise en conformité, mais la chasse, la dispersion, la négation, la contrainte sur l’effectif d’un cheptel « d’indésirables » dont il faut contrôler la croissance par des sanctions, un inconfort et une insécurité permanente : Être nié, c'est-à-dire être chassé. Devoir se nier, c'est-à-dire devoir se cacher, devoir rester sur le qui-vive, craindre le regard du pouvoir et ce que ce regard renvoie, subir ce que ce regard policier et poliçant[7] assigne comme identité et non-être : apprendre à fermer sa gueule, ne plus rien réclamer, ne pas se révolter, avoir son policier dans la tête, se dire qu’on a déjà de la chance et que ça pourrait être pire, raser les murs, voire partir ailleurs.

D’un point de vue légal tout cela n’est pas de la violence (mais du maintien de l’ordre), il manque pourtant un mot pour désigner les dégâts que cela fait.

 

C’est la théorie de « l’appel d’air » qui sous-tend ce nettoyage social (comme il existe des nettoyages ethniques). Eviter le « risque d’appel d’air » (pour reprendre l’expression d’un responsable préfectoral d’un dispositif de prise en charge des Mineurs Isolés Etrangers), cela consiste, par divers moyens (allant de la simple absence d’aide apportée jusqu’à la chasse aux pauvres) à pourrir le plus possible les conditions de vie du groupe qu’on souhaite détruire ou dont on souhaite limiter l’expansion.

Détruire les camps de roms, détruire les squats de roms, détruires les squats de pauvres, détruire des squats de demandeurs d’asile, confisquer des tentes, faire déguerpir des tunisiens, détruire des affaires et des papiers des gueux, confisquer de biens maigres et pauvres marchandises sur les marchés des biffins, envoyer balader les Mineurs Isolés Etrangers qui demandent une prise en charge (au point qu’on en retrouve des fois pendu par désespoir, à un arbre du parc de la villette), interdire la récupération de nourriture dans les poubelles, interdire la mendicité, enfermer des sans-papier, harceler des prostituées, humilier des jeunes… Tout cela vise à envoyer les mêmes messages complémentaires aux publics traités : DISPARAISSEZ, NIEZ-VOUS, soit en rentrant chez vous, soit en restant caché, soit en vous normalisant.

 

Il n’est donc pas étonnant que Copwatch Nord-Ile de France (ou que des copwatcheurs qui sont repris par CNIF), qui pense faire du copwatching, ne fait pas que cela.

En quoi font-ils paradoxalement un peu autre chose (ou plus) que du copwatching ?

Premier paradoxe, l’écrit prend de plus en plus le pas sur l’image.

Deuxième paradoxe, ce n’est pas l’excès et l’outrance de la bavure qui est pointé, mais la routine, l’ordinaire des micro-disciplines, des micro-pénalités de la police des populations (et elles ont beau être micro, elles font aussi très mal).

Troisième paradoxe, chronique après chronique, les sujets de la discipline policière, ceux qui la subissent et la ressentent, émergent de plus en plus. Sous le mortifère policier émerge le vivant et les résistances de ceux qui sont policés. Dans les chroniques, le regard se déplace de plus en plus des flics (est-ce qu’ils valent encore la peine qu’on dise quelque chose d’eux ?) vers les biffins affairés et inventifs.

 

Bref, CNIF ou d’autres copwatcheurs sont en train de faire de l’enquête sociale. En tant qu’amateur de sociologie,  je trouve que la marchandise est bonne (surtout, surtout, les chroniques de Barbes), documentée, circonstanciée, précise, sans excès d’interprétation et avec ce qu’il faut de mise en perspective.

Alors bien sûr il y a des propos désobligeant envers la police, ce qui vaut aujourd’hui des poursuites pour outrage. Et alors ? D’une part le délit d’outrage, ce délit de lèse-fonctionnaire-dans-l’exercice-de-ses-fonctions, est une aberration tout comme l’étaient les crimes de lèse-majesté ou de blasphème. Il n’a pas souvent d’équivalent à l’étranger, à part, toujours, dans des pays comme la Corée du Nord. D’autre part le cœur des chroniques porte sur le traitement policier et les interactions quotidiennes entre police et publics « indésirables » (selon l’Etat), l’important se trouve dans ce qui nous renseigne sur l’épuration sociale en cours. Les commentaires désobligeants sur la police ne nous apprennent rien sur le travail de la police mais seulement sur ce que certains pensent de la police, alors est-ce bien important ? Enfin dernière chose, il n’est pas besoin d’être désobligeant envers la police, il suffit de décrire ce qu’elle fait, n’importe quel lecteur à peu près sensé sait alors quoi conclure, certaines évidences n’ont pas besoin d’être dites (ou alors seulement pour tester le pouvoir et la réaction de celui dont on parle).

 

On reviendra peut-être plus tard  sur la façon dont on peut inscrire le maintien de l'ordre d'ans un espace plus vaste de dispositifs de contrôle social. On reviendra peut-être plus tard sur Roger Trinquier, David Gallula et les théories contre-insurrectionnelles visant au contrôle des populations, sur les Sections Administratives Spécialisés (SAS) et  leur rôle pendant la guerre d’Algérie, sur Sécurité, territoire, population et Naissance de la biopolitique de Foucault, sur le courant des nouvelles pénologies et les dimensions actuarielles, prudentielles et situationnelles des politiques pénale et de sécurité. Tout ça pour dire que c’est peut être autant la doctrine militaire coloniale qui a inspiré l’imaginaire institutionnel du maintien de l’ordre (thèse de Mathieu Rigouste), que la pratique et les dispositifs militaires et policiers qui se sont inspirés de pratiques et de dispositifs de contrôle social antérieurs (fichages, indic, action sociale, action sanitaire, action psychologique, action économique, contrôle de l’instruction, internement administratif, assignation à résidence, déplacement de population).

Une sorte de grand melting-pot du social et du sécuritaire (et parfois du civil et du militaire). C’est en tout cas ce que suggère pèle mêle : l’expérience des SAS en Algérie, les conseils des droits et devoirs des familles, les contrats de responsabilité parentale, les EPIDE (Etablissement Public d’Insertion de la DEfense), le développement des médiateurs de rue (un tiers policier, un tiers indic, un tiers travailleur social ?), les conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance, la loi pénitentiaire de 2009, etc.

 

Avec mon infinie sympathie et ma totale solidarité. J’espère à bientôt.

 

Un membre du collectif de travailleur sociaux Nous Restons Vigilants.

 

 

Bibliographie :

Andoque Nicolas d’, 1955-1959, Guerre et paix en Algérie, l’épopée silencieuse

des SAS, SPL, 1977.

Castel Robert, Les métamorphose de la question sociale, Gallimard, 1995

Centre de doctrine et d’emploi des forces, « les sections administratives spécialisées en Algérie : Un outil pour la stabilisation », Cahier de recherche doctrinale, 2005,  http://www.cdef.terre.defense.gouv.fr/publications/cahiers_drex/cahier_recherche/section_administrative_specialise_algerie.pdf

Fassin Didier, La force de l’ordre, Seuil, 2011.

Lamodière Alexandra, « L’action sociale et éducative des officiers SAS en Oranie », in Jauffret Jean-

Charles (Dir.) : Des Hommes et des femmes en guerre d’Algérie, Autrement, 2004.



[1] Dédicace spéciale à Frédéric Lefebvre, qui dit être un fidèle lecteur de « Zadig et Voltaire » (sic.).

[2] Le sondage Opinion Way publié par le Figaro du 26 août 2010, journal qui appartient à Serge Dassault, fabricant d’armes et sénateur UMP, demandait aux français interrogés s’ils étaient favorables à l’expulsion des « roms sans papiers », or les roms ne sont pas sans papiers, ils sont ressortissant européens. Des membres du gouvernement et des députés UMP se sont félicités des résultats de ce sondage qui accréditaient selon eux l’adhésion des français à leur politique, ce qui revient à dire qu’ils approuvaient l’amalgame entre roms et sans-papier opéré par ce journal qui sert d’organe de propagande de l’UMP.

[3] On parle ici des « Chroniques copwatch » portant sur les marchés libres de Barbes, présentes à la fois sur indymédia Paris et sur CNIF. Peut-être que ces chroniques sont de CNIF ou peut-être pas, ce genre de question n’intéresse que la police.

[4] Celle en tenue, celle qui patrouille, celle qui ne fait pas d’enquête mais du contrôle d’identité, celle qui fait de  la palpation pour trouver une barrette de shit, celle qui fait rigoureusement son quota de sans-papiers, celle qui provoque dans l’espoir d’un « outrage-rébellion », celle qui s’ennuie, celle qui rêve de faire un jour un « flag » pour autre chose qu’un vol à la titre ou un tag sur un abribus.

[5] Ce n’est pas moi qui le dit, mais le sociologue Didier Fassin (La force de l’ordre, Seuil, 2011). Sa thèse s’appuie sur plusieurs mois d’observation du travail ordinaire de patrouille et d’intervention des équipages de BAC sur un territoire d’Ile-de-France.

[6] Par exemple, lors des travaux préparatoires de la loi LOPSI 1, il y a eu cette tentative de mise en cause pour « occupation abusive et irrégulière du domaine public » permettant de punir de 3750 euros d’amende ou de 6 mois d’emprisonnement le fait de se construire une habitation de fortune, même temporaire, dans l’espace public. La menace était tempérée par le fait qu’il fallait aussi avoir refusé une proposition de place en hébergement d’urgence pour que le délit soit constitué. Depuis, le DAL ou Les enfants de Don quichotte ont eu des amendes pour avoir « embarrassé la voie publique avec des objets », en l’occurrence les tentes dans lesquelles dormaient des SDF.

[7] Au sens foucaldien et originel du terme police : la bonne administration et discipline d’un territoire et des populations. La « petite » police et les autres dispositifs de contrôle social.

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Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 00:38

Voici une invitation à un week end organisé par les mêmes personnes qui publient la revue SANS REMEDE dont nous avons parlé ici récemment.

 

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Résister à la psychiatrie


Les 9, 10 et 11 septembre 2011 au Mas d’Azil 09290 (Ariège)  

 

 

 

Aujourd’hui la seule critique admise et relayée de la psychiatrie est produite par les membres de l’institution. Il faut être expert, psychiatre, médecin, infirmier, chercheur… bref, rouage, pour avoir le droit d’émettre sa petite réserve éthique sur la machine psychiatrique telle qu’elle fonctionne. Pendant que d’aucuns s’agitent à dénoncer la "dérive sécuritaire", comme pour nous faire croire que jusqu’ici tout allait pour le mieux, la parole nous est confisquée une fois de plus, mais sans surprise.

Nous, psychiatrisé-e-s ex-, actuel-le-s ou potentiel-le-s, organisons un week-end de rencontres, discussions et réflexions, pour penser une résistance à la psychiatrie et au monde qui va avec.

 

Nous avons imaginé plusieurs thèmes très généraux :

  • En envisageant la psychiatrie comme un objet politique, nous aimerions nous pencher sur les spécificités de cette institution, ses particularités par rapport à l’institution médicale, ses similitudes avec l’institution carcérale. Penser la médicalisation croissante du monde afin de comprendre comment la psychiatrie diffuse et organise normes, interdits, autocensure en chacun de nous de manière de plus en plus efficace et ainsi participe fortement à la structuration de la société.
  • Nous voudrions aussi revenir sur l’histoire de la psychiatrie française pour mieux comprendre ce qu’elle est aujourd’hui, et en parallèle sur les luttes passées et constater l’absence d’héritage des combats menés... pour tenter d’imaginer des luttes à venir.
  • Bien entendu, il nous importe aussi de travailler la question de l’entraide, des bricolages à notre mesure, de comment cheminer avec des psychiatrisé-e-s ou des personnes qui refusent de l’être… Il est prévu d’organiser sur ces sujets des ateliers de discussion en petit groupe.

Loin d’être un programme définitif, ceci est une invitation. Vous pouvez nous contacter sur resisteralapsy@laposte.net pour toutes propositions de discussions, projections, concerts, spectacles… ou questions pratiques.


Ce week-end n’est pas le lieu d’expression de paroles en uniforme ni un stage de formation mais un moment de réflexion et de création collectif.

 


"Vous êtes sur terre, c’est sans remède" S. Beckett

 

programme en pdf : ici 

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   Sortie du premier numéro du fanzine du collectif NRV

Travail Social Perds Ton Sang Froid N°1

fanzine tsptsf num1 mini

 A prix libre version papier

et en téléchargement en pdf

Soutiens

 

lieux-de-vie-partout3.png

Non à la fermeture de la ferme de vie du Bersac

 

 

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 soutien 3

 

Pétition Soutien à la CIP

 

Liens et Fanzines

  Premier numéro du fanzine du collectif NRV :

Travail Social Perds Ton Sang Froid N°1

fanzine-tsptsf-num1-mini.jpg

A prix libre et en téléchargement ici

 

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Journal Sans Remède  :

sansremede.fr/

 

N°01 :

sansremede-v2.jpg

    N°02 :

sans-remede-2.jpg

 

 

 

Docs

huma-tournur-pronom-copie-1.jpg

Les tournures pronominales réfléchies :
indice langagier d’une idéologie néolibérale banalisée
Lien Huma 
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Tract-retraites.jpg
Tract retraites par l'AG de formateurs  
en travail social,
travailleurs sociaux en poste, ou non 
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flyer-zone-gratuite-v1-mini-copie-1.jpg
19/20 Juin 2010 : Zone de Gratuité
à Anis Gras dans le cadre du
WE Travail Social et Engagements 3 : 
Action Sociale: Gestiopathie du contrôle  
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les 70 propositions du
Rapprot Varinard
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Article L'Humanité du 16 Février 2009
sur l'inauguration de la Place Hortefeux
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Tract NON à la délation
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Débat autour de la question
des rapports sociauxde sexe dans le
travail social par Tomas Guenichon
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