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Blog du Collectif Restons Vigilants de travailleurs sociaux salariés et en formation.

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"On a brûlé l’IRTS !" par le collectif de Montrouge

Voici un lettre ouverte écrite par le collectif de montrouge suite à l'incendie de montrouge.

 

On a brûlé l’IRTS !

Comme vous le savez déjà, des individus se sont introduits dans l’institut durant la nuit de mercredi à jeudi ; ils ont saccagé le rez-de-chaussée et incendié les cuisines du sous-sol. Vous n’ignorez pas non plus que ces regrettables évènements font suite à d’autres incidents survenus, ceux-là, la veille et l’avant-veille devant la porte de l’IRTS. Des jeunes de Montrouge s’en étaient alors pris physiquement à des étudiants puis aux vigiles.

Dire qu’il y a de cela 6 ou 7 ans ces jeunes – ou leurs aînés – étaient invités à participer à la vie de l’IRTS ! En effet, des ateliers de théâtre étaient alors proposés aux étudiants… et à ces jeunes, dans un même esprit. De ceci à cela, qu’a-t-il donc bien pu se passer ? Comment en est-on arrivé là ? Et surtout, où en est-on arrivé exactement ? Quel est l’état réel des choses ?

Le Parisien a peur

Attention ! Car voici revenu le credo de la peur ! Mais les étudiants n’y succombent pas, contrairement à ce qu’a pu prétendre un journal qui use – au moins sur ce coup-là – du professionnalisme comme nous d’un mouchoir jetable. Non ! Les étudiants n’ont pas « manifesté » ce jeudi devant la mairie. S’ils étaient rassemblés là, ce n’était pas pour « exprimer leur ras-le-bol et leur inquiétude » mais uniquement parce qu’ils ont été évacués de leur établissement de formation situé quelques dizaines de mètres plus loin. Enfin ! Nous n’en attendions pas plus d’un tel canard. Autrement plus délicats sont, nous concernant, les actes et paroles de monsieur Jaeger, directeur de l’IRTS, qui exhortait les étudiants rassemblés devant la mairie à ne pas s’inquiéter… Ces mots résonnent comme d’autres entendus ces derniers temps dans d’autres bouches : n’ayez pas peur ! Mais avoir peur de quoi, d’abord ? Peur de qui exactement ? 

Devrions-nous nous sentir rassurés par une direction qui transforme notre lieu de formation en prison dorée avec porte magnétique et vigiles à l’entrée ? La présence récurrente de policiers en uniforme avec revolver à la ceinture devrait-elle cesser de nous choquer ? Au risque de répéter une idée déjà reçue : une société a les crimes qu’elle mérite (or, l’idée est peut-être reçue mais la formule – célèbre – est de DURKHEIM) et la tolérance zéro semble n’y pouvoir rien changer.

Deux éminents sociologues, Véronique Le Goaziou et Laurent Mucchielli, montrent dans leur ouvrage « Quand les banlieues brûlent » le rôle de pompier pyromane qu’a tenu la rhétorique présidentielle dans le développement des émeutes de 2005. Notre sentiment, sans rien excuser aux actes condamnables commis ces derniers jours, est que la première étincelle a peut-être jailli des messages émis par l’IRTS en direction des jeunes.

Quid ?

Si nous tentions de décoder les origines du « clash » nous serions tentés de remonter de 6 ou 7 ans en arrière, ce qui nous mènerait à peu près en 2002. C'est-à-dire… l’année où Sarkozy a été nommé ministre de l’intérieur ?!? Non ! Il ne saurait s’agir là – du moins nous l’espérons – que d’un odieux concours de circonstances… Nous ne retiendrons pas cet élément.

Les choses n’ont ensuite et a priori plus changé jusqu’à l’année dernière (c'est-à-dire 2007… les circonstances sont décidément odieuses). Là, tout s’est accéléré, sans que jamais l’administration ne daigne concerter les étudiants ou tout au moins leur expliciter la cause des changements. Après le credo de la peur, la loi du silence ? 

Il faut savoir que les étudiants ayant commencé leur formation à la rentrée 2007 sont arrivés dans une école où il n’y avait ni porte magnétique, ni vigile et encore moins de présentation de carte à l’entrée. Le sas d’entrée servait de fumoir aux jeunes et ils disposaient librement de la machine à café (quand elle fonctionnait).

En moins d’un an les jeunes en question se sont donc vus dans un premier temps réguler le droit de passage (ils ne pouvaient plus entrer qu’en nombre limité pour aller chercher un café), puis refuser l’accès (leur réaction, à la fois judicieuse et humoristique, avait alors été de cadenasser la grille d’entrée en arguant « si on ne peut pas entrer alors les étudiants n’entreront pas non plus »).

Et maintenant ?

Le résultat est que l’IRTS ressemble aujourd’hui à un territoire occupé dans lequel les étudiants tiennent bien malgré eux le rôle de colons. Et c’est à une véritable Intifada (littéralement soulèvement) que se livrent ces jeunes autochtones, avec le sentiment erroné mais réel d’être légitimes dans la violence.

La politique menée par l’IRTS et ses partenaires depuis un an (et plus) envers les jeunes du quartier a donc échoué. Car il est évident – ça va sans dire mais ça va mieux en le disant – que leur but était aux antipodes de celui atteint. Le nôtre n’est pas, par la présente lettre ouverte, de jeter de l’huile sur le feu mais au contraire de mettre à jour les braises qui couvent en silence sous les cendres. 

Nous vous invitons tous et chacun (administratifs, étudiants, incendiaires et citoyens) à repenser la situation et à profiter du droit de réponse qui vous est offert pour faire entendre votre opinion.


  Le Collectif de Montrouge.




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