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Blog du Collectif Restons Vigilants de travailleurs sociaux salariés et en formation.

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Hortefeux au service d’une politique de la peur

Brice Hortefeux, fidèle lieutenant de Sarkozy, vient de quitter son ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire, pour rejoindre celui du travail, des relations sociales, de la famille, de la solidarité et de la ville.
Cette nomination est symbolique puisqu’elle s’inscrit dans une logique idéologique globale qui s’appuie sur une politique de la peur.
Aujourd’hui la société française vit dans un climat d’insécurité sociale avec une montée des incertitudes concernant l’avenir, un fort taux de chômage, un marché du travail de plus en plus flexible et précarisé, une augmentation des inégalités et de la misère, la destruction des services publics et autres formes de protections collectives qui affaiblissent le lien social et les solidarités. Les risques sont multiples (industriels, écologiques, sanitaires…) et les crises inter dépendantes.

Face à ces risques, le pouvoir politique cherche à canaliser nos angoisses à travers la cristallisation de nos peurs individuelles et collectives sur quelques figures stigmatisées :
Le fou, le délinquant, l’étranger (Ceux-ci sont particulièrement propices à la méfiance et à la crainte car ils renvoient à une part d’inconnu, d’étrange). L’avantage de cette stratégie est d’éviter de prendre en compte et en charge les questions complexes aux sources du sentiment d’insécurité sociale, de les simplifier. Elle permet également d’éviter que le mécontentement social ne se transforme en prise de conscience qui alimenterait le rapport de force et la lutte globale contre les politiques libérales qui produisent une société d’individus atomisés. On donne ainsi un visage à l’ennemi, au danger et on le rend responsable de cette situation. Les étrangers non communautaires sont visés et le droit d’asile limité. Faute de pouvoir, de vouloir cibler la «menace», la riposte vise cet autre, l’étranger, qui peut le mieux incarner la cible qui se dérobe. Les immigrés sont un coût à éliminer, quels que soient les moyens employés. La politique d’immigration choisie en est le prolongement puisqu’elle n’accepte que les immigrés susceptibles d’être utiles à la France.

Cette politique institutionnalise un racisme déjà très présent dans la population, d’autant que la France ne parvient toujours pas à regarder les descendants de l’immigration coloniale comme des français à part entière.
En 2008, Hortefeux a dépassé ses objectifs avec un total de 29796 expulsions de « sans papiers ». D’après lui, « ces chiffres sont le signe et la preuve que, conformément aux souhaits de nos concitoyens, la France a enfin retrouvé la maîtrise de ses flux migratoires ». Mais derrière ces chiffres, déshumanisés, il y a une pression policière constante dans certains quartiers, des contrôles d’identité au faciès permanent, des rafles organisées, des arrestations devant des écoles, des personnes qui se défenestrent pour échapper à des arrestations, des familles séparées. Les raisons de l’immigration en France et les risques encourus au retour dans le pays d’origine ne sont jamais soulevées car l’autre singulier n’existe pas, il se fond dans la menace. Il s’agit de montrer à l’opinion que l’on fait du chiffre, que le gouvernement agit (démocratie d’opinion).

On peut se douter qu’Hortefeux, après avoir durcit les politiques d’immigration et de résidence sur le territoire dans la droite ligne du durcissement des politiques pénales, va dans son nouveau ministère continuer les politiques libérales qui précarisent le marché du travail et désengagent l’Etat de son rôle social. Ces politiques attribuent les inégalités au seul fait des individus, sans prendre en compte les raisons sociales, car elles en sont elles mêmes productrices. Ces politique de déréglementation et de dépérissement du secteur public s’accompagnent d’un renforcement d’un Etat autoritaire à même de contrôler l’extension d’un salariat précaire, silencieux, flexible à souhait, dont les travailleurs clandestins constitue une mains d’œuvre abondante.
Nous assistons aux mises en places de politiques « d’élimination » des marginaux, des hors normes, fous, pauvres, délinquants, personnes fragiles puisqu’elles sont inutiles à la société et entravent le système capitaliste et méritoire qu’entretient le gouvernement actuel. M. Hortefeux est nommé à un ministère qui englobe le travail et les relations sociales. Ainsi, nous devons nous interroger :

Dans quelle représentation des « populations » qu’accompagnent les travailleurs sociaux s’inscrira sa politique ? Quelle fonction sociale nous demandera t on d’incarner ? Comment penser que les orientations de M.Hortefeux, de même que plus largement celles du gouvernement actuel, entrent en résonance avec nos conceptions des métiers socio-éducatifs et de la relation d’aide. Celles-ci ne risquent t’elles pas de se transformer en relation de dépendance. La relation de pouvoir inhérente à notre profession pourra dans un tel contexte être déculpabilisée et légitimée, engendrant des dominations décomplexées de professionnels du champs socio-éducatif qui pourront, toutes pulsions dehors, juger les personnes qu’ils accompagnent, les classifier, les dénoncer…et cela, pour le bien commun !



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