Voici un communiqué de L'Assemblée de la Clinique en exil suite à l'expulsion plus que musclé du squat la Clinique, le 8 juillet faisant un bléssé grave (Un manifestant, Joachim
Gatti, a perdu un oeil suite à un tir de flashball).
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Jeudi 9 juillet 2009 (20h37)
Communiqué suite à l'expulsion de la Clinique et à la soirée du 8 juillet.
Depuis le 28 janvier, l'ancienne Clinique située à la Croix de Chavaux à Montreuil, vide depuis des années, était occupée. Durant
plusieurs mois, ce lieu a permis à une vingtaine de personnes de se loger, et à bien plus de s'organiser, face aux problèmes de logements, aux institutions sociales ; et aussi de projeter
des films, faire des cantines, des radios de rue face au marché, une kermesse...
Mercredi 8 juillet, à 6h du matin, un dispositif de plus de 200 flics accompagnés du RAID, d'un huissier, ont délogé les habitants de la Clinique occupée. Après un contrôle d'identité,
ils ont commencé à murer les fenêtres et les portes et ont confié à trois vigiles et leurs chiens la surveillance du lieu. (voir La clinique )
A 19h, nous nous sommes retrouvés à l'entrée de la rue piétonne pour une cantine de rue et après, une déambulation. Des banderoles ont été posées sur les façades : « Une expulsion de plus
à Montreuil. Ripostons », « La Klinik fait bloc », « Les deux mi-lunes ne s'éclipseront pas », « Pour chaque expulsion. Réoccupons ». Nous voulions informer sur l'expulsion qui avait eu
lieu le matin, rencontrer et recroiser les gens venus nous apporter du soutien ces dernières semaines, et affirmer qu'on ne partira pas d'ici, que cette expulsion musclée ne nous séparera
pas et que nous continuerons à habiter la rue. Au moment où tous sont confrontés à des problèmes de logement, où le tribunal de Montreuil ordonne de plus en plus des expulsions sans délai
et que très rapidement les gens se font jetés de leur logement, il est important de ne pas rester isolés, d'essayer d'être plus nombreux pour essayer d'empêcher les expulsions, et surtout
de montrer à la police et aux propriétaires en tout genre, qu'une expulsion ne se fait pas sans bruits, et sans résistances.
Nous avons distribué des tracts et pris la parole pour expliquer notre présence. Plusieurs bagnoles de flics en uniforme et en civils nous surveillaient de la place. Vers la fin de la
cantine, des feux d'artifices partis de devant la Clinique ont joyeusement embrasé le ciel. Nous sommes allés à l'entrée gueuler notre colère, notre rage de voir ce lieu que nous avons
fait vivre repris en main par des flics et des vigiles, avec la destruction comme seul horizon.
Alors qu'il ne se passait rien de plus, les flics, après s'être équipés, ont violement chargé, et tiré dans le tas au flashball. Certaines personnes ont alors couru pour se protéger. Les
flics étaient de tous les côtés de la place du marché. Cinq se sont fait shootés, tous au dessus du torse. Ils visaient la tête, avec l'intention claire de nous mater, au risque de tuer
ou mutiler. L'une des personnes touchée est à encore l'hosto, gravement blessé. Les flics ont continué à poursuivre les gens jusqu'à la rue piétonne. Plusieurs personnes ont été arrêtées
durant la charge et les flics ont continué à patrouiller dans la ville toute la nuit. Peu de temps après, ils ont arrêté une autre personne à quelques rues de là. Trois personnes sont
encore en garde à vue.
Nous ne voulons pas nous faire tirer dessus en silence.
Nous invitons à venir le Dimanche 12 juillet à l'assemblée de la Clinique en exil sur la place de la Croix de Chavaux à 15h.
Et tous les jours, continuons la vigilance autour des Demi-Lunes expulsables (66 rue de la Demi-Lune) Pour être informé des suites, il y a eu aussi le blog de La Clinique :
http://laclinique.over-blog.net/
Montreuil, le 9 juillet 2009, fin d'après-midi.
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Lundi 13 juillet, Manifestation rendez-vous Rue piétonne Croix de Chavaux (M9), Montreuil, 19h précise.
Sur Joachim GATTI (le manifestant qui a perdu son oeil après un tir de flashball) .
Lettre ouverte de Stéphane Gatti (son père)
samedi 11 juillet 2009 (15h09)
A Montreuil, la police vise les manifestants à la tête.
Le matin du mercredi 8 Juillet, la police avait vidé une clinique occupée dans le centre-ville. La clinique, en référence aux expériences venues d’Italie, avait pris la forme d’'un "centro
sociale" à la française : logements, projections de films, journal, défenses des sans papiers, repas... Tous ceux qui réfléchissent au vivre ensemble regardaient cette expérience avec tendresse.
L’'évacuation s’'est faite sans violence. Les formidables moyens policiers déployés ont réglé la question en moins d’'une heure. En traversant le marché le matin, j’'avais remarqué leurs airs
affairés et diligents.
Ceux qui s’étaient attachés à cette expérience et les résidents ont décidé pour protester contre l’'expulsion et d'’organiser une gigantesque bouffe dans la rue piétonnière de Montreuil.
Trois immenses tables de gnocchi (au moins cinq mille) roulés dans la farine et fabriqués à la main attendaient d'’être jetés dans le bouillon. Des casseroles de sauce tomate frémissaient. Ils
avaient tendu des banderoles pour rebaptiser l’'espace. Des images du front populaire ou des colonnes libertaires de la guerre d'’Espagne se superposaient à cette fête parce que parfois les
images font école. J’ai quitté cette fête à 20h en saluant Joachim.
A quelques mètres de là, c’était le dernier jour, dans les locaux de la Parole errante à la Maison de l’'arbre rue François Debergue, de notre exposition sur Mai 68. Depuis un an, elle accueille
des pièces de théâtres, des projections de films, des réunions, La nuit sécuritaire, L’'appel des Appels, des lectures, des présentations de livres… Ce jour-là, on fermait l’'exposition avec une
pièce d’'Armand Gatti « L’'homme seul » lu Pierre Vial de la Comédie Française et compagnon de longue date. Plusieurs versions de la vie d’'un militant chinois s’'y confrontent : celle de la
femme, des enfants, du père, du lieutenant, du général, des camarades...
C’était une lecture de trois heures. Nous étions entourés par les journaux de Mai. D’'un coup, des jeunes sont arrivés dans la salle, effrayés, ils venaient se cacher... ils sont repartis. On
m’'a appelé. Joachim est à l’'hôpital à l’'hôtel Dieu. Il était effectivement là. Il n'’avait pas perdu conscience. Son visage était couvert d'un sang qui s’écoulait lentement comme s'’il était
devenu poreux. Dans un coin, l'’interne de service m’'a dit qu’il y avait peu de chance qu’'il retrouve l’usage de son oeœil éclaté. Je dis éclaté parce que, je l’'apprendrais plus tard, il avait
trois fractures au visage, le globe oculaire fendu en deux, la paupière arrachée...
Entre ces deux moments ; celui où je l’'ai quitté à la fête aux gnocchi et l’'hôtel Dieu que s’'était-il passé ?
Il raconte : Il y a eu des feux d’artifice au dessus du marché. Nous nous y sommes rendus. Immédiatement, les policiers qui surveillaient depuis leurs voitures se sont déployés devant. Une minute
plus tard, alors que nous nous trouvions encore en face de la clinique, à la hauteur du marché couvert, les policiers qui marchaient à quelques mètres derrière nous, ont tiré sur notre groupe au
moyen de leurs flashball.
A ce moment-là je marchais et j’ai regardé en direction des policiers. J’'ai senti un choc violent au niveau de mon oeœil droit. Sous la force de l’'impact je suis tombé au sol. Des personnes
m'’ont aidé à me relever et m'’ont soutenu jusqu’'à ce que je m’'assoie sur un trottoir dans la rue de Paris. Devant l’'intensité de la douleur et des saignements des pompiers ont été appelés.
Il n'’y a pas eu d'’affrontement. Cinq personnes ont été touchés par ces tirs de flashball, tous au dessus de la taille. Il ne peut être question de bavures. Ils étaient une trentaine et
n’'étaient une menace pour personne. Les policiers tirent sur des images médiatiques comme en témoigne le communiqué de l’'AFP :
"Un jeune homme d’'une vingtaine d’années, qui occupait, avec d’'autres personnes, un squat évacué mercredi à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a perdu un oeœil après un affrontement avec la
police, a-t-on appris de sources concordantes vendredi. Le jeune homme, Joachim Gatti, faisait partie d’'un groupe d’'une quinzaine de squatters qui avaient été expulsés mercredi matin des locaux
d’une ancienne clinique. Ils avaient tenté de réinvestir les lieux un peu plus tard dans la soirée mais s’'étaient heurtés aux forces de l’ordre. Les squatters avaient alors tiré des projectiles
sur les policiers, qui avaient riposté en faisant usage de flashball, selon la préfecture, qui avait ordonné l’'évacuation. Trois personnes avaient été arrêtées et un jeune homme avait été blessé
à l'oe’œil puis transporté dans un hôpital à Paris, selon la mairie, qui n’'avait toutefois pas donné de précision sur l’'état de gravité de la blessure."Nous avons bien eu connaissance qu’'un
jeune homme a perdu son oeœil mais pour le moment il n'y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l'oe’œil et le tir de flashball", a déclaré vendredi la préfecture à
l’'AFP."
D’abord, la police tire sur l’'image d’'un jeune de 20 ans qui essaye de reprendre son squat. Et pour la police et les médias, cela vaut pour absolution, et c'’est le premier scandale.
Quant à Joachim, il faut dépasser l'image médiatique et rétablir la vérité sur lui, pour révéler la manipulation des identités à laquelle se livre la police pour justifier ses actes , comme s’'il
y avait un public ciblé sur lequel on pouvait tirer légitimement ?
Joachim n’'a pas 20 ans mais 34 ans.
Il n’'habitait pas au squat, mais il participait activement aux nombreuses activités de la clinique.
Il est cameraman.
Il fabrique des expositions et réalise des films.
Le premier film qu'’il a réalisé s’'appelle « Magume ». Il l'a réalisé dans un séminaire au Burundi sur la question du génocide. Aujourd’'hui, il participe à la réalisation d’ un projet
dans deux foyers Emmaüs dans un cadre collectif.
On devrait pouvoir réécrire le faux produit par l’'AFP en leur réclamant de le publier. Il serait écrit simplement — mais au moins ceci — :
Joachim Gatti, un réalisateur de 34 ans a reçu une balle de flashball en plein visage alors qu’'il manifestait pour soutenir des squatteurs expulsés. Il a perdu un oeœil du fait de la brutalité
policière.
Stéphane Gatti *
http://la-parole-errante.org/index.php?cat=LPE-PRESENTATION
* S.G. est notamment le curateur et animateur, et scénographe avec Pierre-Vincent Cresceri, de l’'exposition générale et des événements pour mémoire de 1968-69 @ la maison de l’'arbre à Montreuil
: " Comme un papier tue-mouches dans une maison de vacances fermée… " citée dans le texte pour se conclure le même jour que la charge de police, le 8 juillet.