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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 00:27

Lors de sa visite à l'hôpital psychiatrique Erasme d'Antony, Sarkozy a annoncé une réforme profonde de la psychiatrie en s'appuyant sur un fait divers récent, le meurtre d'un jeune homme à Grenoble par un malade qui avait fugué d'un hôpital psychiatrique. Voici les points principaux développés de son discours :

« Les malades potentiellement dangereux doivent être soumis à une surveillance particulière afin d'empêcher un éventuel passage à l'acte ». « Il faut plus de sécurité et de protection dans les hôpitaux psychiatriques ». 

 

Il a proposé un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques de 30 millions d'euros afin de prévenir les fugues et de mieux contrôler les entrées et les sorties de l'hôpital. Il a proposé également d'équiper les patients en hospitalisation d'office (contrainte) de bracelet électronique à la sortie de l'hôpital. 

 

Des unités fermées vont être installées dans chaque établissement avec des systèmes de vidéo surveillance. Sarkozy prévoit l'aménagement de 200 chambres d'isolement supplémentaires. Ainsi que la construction de 4 nouvelles unités pour malades difficiles de 40 lits chacune avec pour cela un budget de 40 millions d'euros. 

 

Il propose de « réformer l'Hospitalisation d'Office pour concilier qualité des soins et sécurité des personnes ». (Il s'agit de la sécurité des citoyens et des soignants).
Il souhaite instaurer « une obligation de soins en milieu psychiatrique. 80 % de vos patients sont pris en charge en ville. De même qu'il existe l'hospitalisation sans consentement, il faut qu'il y ait des soins ambulatoires sans consentement ». « L'obligation de soins doit être effective même en cas d'absence ou de défaut de la famille ».

 

Les sorties des patients seront davantage encadrées. Les décisions de sorties seront prises par le préfet avec un avis d'un collège de trois personnes soignantes (le psychiatre qui suit le patient, le cadre infirmier, un psychiatre qui ne connaît pas le patient. Le préfet restera libre de sa décision. 


Ce discours reprend les parties amputées de la loi de prévention de la délinquance concernant les malades mentaux, en les durcissant. Il entretien un amalgame entre fous et délinquants, et fait de l'obligation de soins une nécessité d'ordre public. C'est une approche exclusivement sécuritaire de la psychiatrie. Dans un article du Monde (« psychiatrie : la régression sécuritaire ») Cécile Prieur donne les statistiques suivantes : 600 000 personnes souffrent de schizophrénie en France. En 2005, sur 51 411 mises en examen dans des affaires pénales, 212 ont bénéficié d'un non lieu pour irresponsabilité pour cause psychiatrique, soit 0,4 % de l'ensemble. « Aucune étude n'a prouvé scientifiquement que les malades mentaux seraient plus dangereux que la population générale. Mais il est démontré qu'ils sont les premières victimes des faits de violence, à cause de la stigmatisation dont ils font l'objet : selon le rapport de la commission « Violence et santé mentale » publié en 2005, la prévalence des crimes violents envers les patients en psychiatrie est 11,8 fois plus importante que par rapport à l'ensemble de la population ; celle des vols sur personnes est 140 fois plus élevée ».
Qu'on se le dise une bonne foi pour toutes, les psychotiques ne représentent pas une menace pour la société ; la maladie mentale est une maladie de la relation à l'autre, et un accompagnement de la qualité doit favoriser un maximum la création de lien.

Cette politique d'enfermement, vers laquelle s'oriente cette réforme, est à l'opposée de tout le mouvement désaliéniste de l'après guerre et constitue une grave régression.

 

Faut il rappeler que la psychiatrie était déjà moribonde avec la fermeture de près de 50 000 lits en 20 ans, le délitement du secteur, le manque de psychiatres publics, la disparition du diplôme d'infirmiers psychiatriques...Déjà, les portes de certains HP avaient tendance à se fermer, et les chambres d'isolements sont pleines. L'hôpital accueille, aujourd'hui de plus en plus de patients en crises. De nombreux patients se retrouvent livrés à eux mêmes, à la rue ou en prison (1 détenue sur 4 présenterait des troubles psychiatriques et 30 pour cent des SDF sont d'anciens patients de la psychiatrie). Déjà, la réforme du code pénale de 94 avait provoqué une arrivée massive de psychotiques en prisons. 
(Article 122-1 du code pénal français en vigueur depuis le 1er mars 1994 :
1er alinéa : " N'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes ". 2eme alinéa : " La personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré son discernement ou entravé le contrôle de ses actes demeure punissable : toutefois, la juridiction tient compte de cette circonstance lorsqu'elle détermine la peine et en fixe le régime ").

Dans un communiqué de presse, suite à ce discours, le comité syndical de la psychiatrie écrit :
« Les malades décrits comme « potentiellement dangereux » sont avant tout des patients qui ont besoin de soins dans un climat de confiance avec une levée progressive des contraintes qu'impose au départ leur état de santé. Inverser brutalement cette évolution en imposant des mesures répressives et en limitant les sorties d'essai et les sorties définitives ne peut être qu'un facteur aggravant de violence le plus souvent vis-à-vis d'eux même et parfois envers autrui ». « Les praticiens de la psychiatrie savent bien que, dans une unité d'hospitalisation, la première protection des soignants face à un malade chez qui se déclenche une crise d'agressivité subite est la présence, voire l'intervention d'autres patients qui ne sont pas dans un rapport conflictuel avec le personnel. Changer ce climat, c'est instaurer un rapport de force qui ne peut engendrer comme dans certains établissements pénitentiaires que davantage de violence. »

La nouvelle fonction des hôpitaux psychiatriques risque de devenir conformer et surveiller (c'est-à-dire, comme le disait Foucault, « réduire la folie au silence »). Mais la question de la prise en charge au long cours des malades est une fois de plus écartée. Enlever la liberté aux patients, l'espoir de pouvoir sortir, c'est engendrer de la violence. L'obligation de soin en ambulatoire, qui risque de se limiter à des injonctions forcées de neuroleptiques, vient remettre en cause toute une conception du soin basé sur la relation et la confiance dans le temps, et ouvre à de possibles dérives d'abus de pouvoir.

Suite à l'annonce de cette réforme et à ses conséquences sur la psychiatrie, un mouvement de professionnels du monde du soin c'est mis en place pour s'opposer à ce projet. Pour plus d'information sur ce mouvement et signer la pétition « La nuit sécuritaire », cliquer sur le lien suivant :

http://www.collectifpsychiatrie.fr

 


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Published by Gaby
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psyrespirans 03/11/2009 06:25


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